Nogent & Vallée de l'Eure

La vallée, ses villages et ceux qui y travaillent

De Maintenon à Anet : l’aqueduc, les châteaux et la vallée

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Il y a un trajet que je conseille systématiquement aux visiteurs qui découvrent la vallée de l’Eure pour la première fois : celui qui relie Maintenon à Anet. Une vingtaine de kilomètres, deux châteaux de tout premier plan, et entre les deux, l’une des constructions les plus étonnantes du règne de Louis XIV. De quoi occuper une belle journée sans jamais quitter l’Eure-et-Loir.

Le château de Maintenon, entre Eure et histoire royale

Le château de Maintenon doit sa renommée à Madame de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV, qui lui a donné son nom après en avoir hérité. Bâti sur les rives de l’Eure, l’édifice mêle donjon médiéval, corps de logis Renaissance et aménagements classiques, ce qui en fait un cas d’école pour observer l’évolution de l’architecture française sur plusieurs siècles. Le parc, dessiné dans l’esprit des jardins à la française, se visite avec la rivière comme fil conducteur : elle alimente les douves et les pièces d’eau qui structurent l’ensemble.

C’est depuis Maintenon que part l’un des projets les plus ambitieux — et les plus malheureux — du siècle de Louis XIV : l’aqueduc destiné à amener les eaux de l’Eure jusqu’aux fontaines du château de Versailles. Les travaux, lancés à la fin du XVIIe siècle, devaient franchir la vallée sur plusieurs kilomètres grâce à une double rangée d’arches monumentales. Le chantier a mobilisé des milliers d’hommes, dont de nombreux soldats, dans des conditions très dures. La guerre de la Ligue d’Augsbourg a finalement eu raison du projet, interrompu avant son achèvement. Il ne reste aujourd’hui qu’une partie des arches, mais leur ampleur suffit à mesurer ce qu’aurait été l’ouvrage complet. Vues depuis la route ou depuis les hauteurs qui dominent la vallée, elles comptent parmi les images les plus fortes de tout l’Eure-et-Loir.

Épernon, étape entre deux châteaux

Entre Maintenon et Anet, Épernon mérite un arrêt. Cette petite ville, elle aussi construite en surplomb de la vallée, garde un tissu urbain ancien agréable à parcourir à pied, avec son église et ses ruelles en pente. C’est un bon point de pause pour couper la route, se restaurer et repartir vers Anet avec la vallée de l’Eure toujours en toile de fond. La région entre Maintenon et Anet illustre bien ce que j’aime dans ce coin d’Eure-et-Loir : des paysages vallonnés, une rivière discrète mais omniprésente, et un patrimoine bâti d’une densité rare pour un territoire aussi peu peuplé.

Il existe plusieurs façons de relier les deux villes selon le temps dont on dispose. La route principale suit globalement le tracé de la vallée et permet de rejoindre Anet en une petite demi-heure depuis Maintenon. Pour qui préfère prendre son temps, de petites routes départementales traversent les hameaux et les bois qui bordent la vallée, avec régulièrement des points de vue sur l’Eure en contrebas. C’est un itinéraire que j’ai emprunté des dizaines de fois, et je continue d’y remarquer des détails — une ferme ancienne, un lavoir oublié, une portion de mur en silex — qui m’avaient échappé les fois précédentes.

Le château d’Anet et l’empreinte de Diane de Poitiers

Le château d’Anet referme cet itinéraire en beauté. Construit au XVIe siècle pour Diane de Poitiers, favorite du roi Henri II, il représente l’un des sommets de l’architecture Renaissance en France, conçu notamment par l’architecte Philibert de l’Orme. Si une partie des bâtiments a disparu au fil des siècles, ce qui reste — la chapelle funéraire, l’aile subsistante, le portail d’entrée surmonté de son cerf de bronze — donne une idée précise du raffinement voulu par sa commanditaire. Le nom de Diane de Poitiers reste associé à ce lieu bien au-delà de l’Eure-et-Loir, et attire chaque année des passionnés d’histoire venus de toute la France.

La vallée de l’Eure entre Maintenon et Anet concentre ainsi, sur un espace restreint, plusieurs siècles d’architecture française. C’est aussi une invitation à sortir des sentiers battus : les hauteurs qui dominent la rivière offrent des points de vue sur l’aqueduc que peu de visiteurs prennent le temps de chercher, alors qu’ils sont accessibles par de simples chemins de campagne.

Ce qui rend cet itinéraire particulièrement agréable, c’est qu’il ne demande aucune préparation compliquée. Les deux châteaux se visitent en quelques heures chacun, l’aqueduc se contemple depuis la route sans qu’il soit nécessaire de s’y arrêter longuement, et l’ensemble du parcours reste accessible toute l’année, même si le printemps et l’automne offrent une lumière particulièrement flatteuse sur les arches de pierre. C’est aussi l’occasion de rappeler que l’Eure, si discrète soit-elle comparée à la Loire ou à la Seine, a su marquer durablement l’histoire architecturale du royaume, jusqu’à devenir l’un des enjeux hydrauliques majeurs du règne de Louis XIV.

Pour situer plus précisément ce patrimoine dans son contexte régional, le site de l’office de tourisme régional Centre-Val de Loire propose des repères utiles sur l’histoire de ces monuments. Si l’envie vous prend de prolonger la balade vers d’autres marchés et producteurs de la vallée, je vous renvoie vers la rubrique sorties et terroir, où je détaille les meilleures adresses de vente directe entre Maintenon et Chartres. Et pour ceux qui envisagent de s’installer dans une bâtisse ancienne du secteur, la rubrique maison et travaux aborde les questions de rénovation propres à ce type de patrimoine.

Deux châteaux, un aqueduc inachevé et une vallée qui n’a pas fini de surprendre : voilà, à mon sens, l’un des plus beaux condensés de ce que l’Eure-et-Loir a à offrir.


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